Conférence du mouvement citoyen

Quelques jours seulement avant les premières journées mortelles d'avril 2001, on pouvait jurer que la société a entièrement et définitivement perdu son âme et sa vigueur. L'aliénation semblait profondément ancrée au point de pervertir durablement les moeurs, les traditions, les rapports humains quels qu'ils soient et le moindre segment du fonctionnement social : la déchéance mentale et morale (prostitution de femmes... et d'hommes, reniements de soi sur tous les plans, les plus sournoises sortes d'esclavagisme, etc.) semblait n'avoir plus d'adversaire que l'opportunisme le plus immoral, le plus criard, le plus insolent.
Des chefs d'établissement publics acquis à une aliénation plus ''ancienne'' et plus ''politique'', celle identitaire d'avant le Printemps berbère d'avril 1980, reprenaient l'audace d'interdire simplement l'expression en berbère...
Les derniers militants encore non compromis rasaient véritablement les murs...
Si les bilans des cadres, des élus (qu'ils soient locaux ou nationaux) et des militants de n'importe quel parti politique étaient établis sur leurs pratiques (plus ou moins) politiques de cette période, le monde serait effaré de (re-) découvrir qu'ils justifiaient en fait amplement l'existence d'un parti encore frais dont la vocation manifeste était la promotion de la réussite personnelle à n'importe quel prix comme étant le plus éclairé.
A y réfléchir, les provocations assassines d'avril 2001 (effectuées par la gendarmerie nationale et par d'autres parties aussi !) pouvaient être un test de vérité : elles pouvaient indiquer si la société a réellement abandonné tout espoir d'émancipation et si elle est véritablement résignée à vivre le maudit sort qu'on faisait sien.
C'est tout le secret du rejet massif et virulent de toute tête politique organiquement structurée par les jeunes entre avril et juillet 2001. Quand ils criaient : "vous ne pouvez pas nous tuer ; nous sommes déjà morts", ils voulaient signifier : "vous ne pouvez pas nous tuer une seconde fois ; vous avez déjà tout tué en nous".
Et quand, en Kabylie, ils alignaient dans leurs revendications de rue le rejet de la ''Hogra'' (le mépris et l'écrasement) avant même celle de la reconnaissance de leur identité, cela renseigne sur tout le mal fait à la société et à la jeunesse pour laquelle l'Algérie ne peut être que celle de BOUDIAF et de MATOUB Lounès ; symbole de la libération et de la citoyenneté pour l'un, symbole de la dignité, de la vérité et de l'engagement total pour l'autre.
122 martyrs? Posons la question à la jeunesse kabyle : ''Il y a aussi les quatre manifestants tués en 1998, il y a Matoub, il y a Boudiaf'' et ils prendront un soin particulier à ajouter : ''Exétéra''.
La deuxième et troisième République sont en marche.
Pendant que la société buvait ainsi le calice à n'en pas finir, quelque bataille mystérieuse a été engagée entre ce qu'il y a lieu d'appeler la "2° république" qui se mettait subrepticement en place depuis 1992 sans jamais vouloir se révéler au peuple et la "3° république" qui semble devoir engager cette bataille avant même de recueillir un début de consensus parmi les "gros cylindres" de la Décision.
Aussi, le débat n'a jamais dépassé quelques comptes-rendus de presse concernant des réformes structurelles de la plus grande importance : structures et missions de l'Etat, Système éducatif, secteurs de la justice, de la santé, de l'économie et des banques, etc. Le seul acteur social qui a véritablement essayé d'ouvrir ce débat en mettant sur la table ses propres moutures dès mars 2001, aussi imparfaites puissent-elles être par ailleurs, a été le Syndicat Autonome des travailleurs de l'Education et de la Formation (SATEF).
L’émergence du Mouvement citoyen dans la foulée des événements du printemps noir a tout de même contraint des formations politiques à lever très timidement, bigotement, le voile sur leurs positions dans cette lutte de sérail qui s'avère monumentale.
Ainsi a-t-on vu les uns après les autres exhiber puis retirer au regard public leurs moutures respectives : le mémorandum du FFS, la Refonte du MDS, la Refondation du RCD, la proposition du CCDR, etc.
Il est incroyable, mesquin, ré pulsant d'entendre aujourd'hui encore des gens parler de l'empêchement des débats par le Mouvement citoyen alors que, sans lui, jamais aucun mot n'aura été soufflé sur ces "sujets sensibles" avant le parfait fait accompli.
Le Mouvement citoyen empêche-t-il les journaux, la télévision, les radios de parler de ces schèmes en lice? Se souvient-on des conditions dans laquelle la Constituante a été (ou allait être pour être exact) rédigée à l'Indépendance? Se souvient-on du lieu où la constitution de Ben Bella a été pondue? Le Mouvement citoyen empêche-t-il des regroupements à Club des Pins, à Zéralda, à la salle "Harcha" -qui est, je pense, reconstruite-? Au fait, on surprend certains "malins" à vouloir employer le Mouvement citoyen comme base de relancement de "sa propre thèse" en la lui faisant éclore comme un oeuf à coucou.
Mais le Mouvement citoyen ne cherche que trois choses :
1. le rétablissement des débats et l'élaboration d'un pacte sociopolitique minimal consensuel qui n'interdira à aucune chapelle de défendre ensuite ses visions de façon publique et honnête;
2. la fin de l'aliénation, de la gabegie et la participation citoyenne à toute décision engageant le destin collectif national;
3. la réappropriation par les populations de ses moyens légaux, institutionnels, moraux, etc. pour une émancipation solidaire à tous points de vue : politique, économique, sociale et culturelle dans toutes les localités algériennes quel que soit le relief géographique, la langue maternelle qu'il faut toutes consacrer, la confession qui doivent toutes cohabiter pacifiquement ou les ressources locales propre à chacune d 'elle.
C'est le seul sens possible à donner à une véritable Conférence nationale du Mouvement citoyen au succès de laquelle toutes les parties, absolument toutes ont réellement intérêt à oeuvrer par tous leurs moyens. Nul ne réussira à ramener l'histoire de la société algérienne à la situation d'avant avril 2001 impunément. Cela coule de source. Du simple bon sens.

Tahar Hamadache.