Préambule
Du printemps noir 2001, ayant
entraîné des dizaines de morts et des centaines de blessés, est né,
dans la douleur, le Mouvement Citoyen. L'assassinat prémédité du
jeune lycéen GUERMAH Massinissa dans l'enceinte de la brigade de
gendarmerie de BENI DOUALA et l'enlèvement des collégiens d'AMIZOUR,
n'est que l'étincelle qui a ébranlé toute la société longtemps
bafouée dans sa dignité et ses droits légitimes.
Le régime totalitaire, avec sa gestion bureaucratique, a produit les
frustrations de notre jeunesse marginalisée.
Le déni identitaire et linguistique, le ras le bol généralisé, l'étouffement
de toutes les libertés, l'impunité et la Hogra institutionnalisée, le
chômage endémique, sont autant de facteurs ayant poussé la jeunesse
à se soulever.
Le pouvoir fidèle à ses pratiques machiavéliques depuis l'indépendance,
s'est rendu encore une fois coupable des événements dramatiques du
printemps noir 2001 de la Kabylie, assumera seul la pleine et entière
responsabilité du drame.
Le mouvement citoyen d'essence démocratique et résolument pacifique,
mobilisateur et émanant des profondeurs de la société, transpartisan,
autonome, se refusant à toute forme d’allégeance ou substitution aux
formations politiques et aux institutions de l'Etat , tirant les leçons
du passé, réaffirme son engagement et sa détermination à honorer le
sang des martyrs et des victimes et à faire aboutir la plate forme de
revendications d'El Kseur.
Afin de contrer l'interprétation fallacieuse, réductrice et
tendancieuse de cette plate forme de revendication, et devant les
tentatives vaines du pouvoir de travestir son esprit et sa portée, en
la vidant de son sens par des procédés sournois, allant jusqu'à se
trouver une pseudo délégation de " négociateurs " au
service de leurs seuls intérêts.
L'explicitation de la plate forme d'EL Kseur qui suit, fait apparaître
clairement la portée authentique à la hauteur des espérances de ses
martyrs et des citoyens.
Le sang de nos enfants ne fera l'objet d'aucun marchandage et le
sacrifice suprême consenti ne sera pas vain.
Face aux multiples actions locales et nationales entreprises
pacifiquement par des millions de citoyens en vue de faire aboutir les
revendications légitimes, le pouvoir a répondu par des répressions
sanglantes et meurtrières, par l'usage de son arsenal de guerre et de
pratiques diaboliques allant jusqu'à vouloir dresser une partie du
peuple algérien contre une autre.
Devant la forfaiture du pouvoir qui reste sourd aux revendications légitimes,
le mouvement citoyen prend à témoin l'opinion publique nationale et
internationale et exige une réponse officielle favorable urgente et
publique à la plate forme de revendication d'El Kseur adoptée le 11
juin 2001 et explicitée à Larbaa nath-irathen le 31 octobre 2001.
CHAPITRE I
REPARATIONS DUES AUX VICTIMES DU PRINTEMPS
NOIR 2001 (REF: 1,3,5,14)
1. Pour le Pour la prise en charge urgente par l'Etat de toutes les
victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant les
événements.
3.Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant ces
événements et la protection de tous les témoins du drame.
5.Pour l'annulation des poursuites judiciaires contre tous les
manifestants ainsi que l'acquittement de ceux déjà jugés durant ces
événements.
14.Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour élèves
n’ayant pas pu les passer.
Exigeons de l'Etat la reconnaissance officielle et publique de ses responsabilités unilatérales,
pleines et entières dans les événements du printemps noir 2001 par:
L'obligation de réparations morale et matérielle vis à vis de toutes
les victimes et ayants droit.
Le statut de martyr pour toutes les victimes ayant succombé durant et
suite aux événements.
Le statut d'invalide ou de mutilé pour toutes les victimes blessées
dans leur chair, meurtries ou traumatisées.
Une juste réparation pour tous les préjudices matériels et moraux
subis par la population.
Annulation de toutes poursuites à l'encontre des manifestants et
prononciation d'un non-lieu au profit de tous les manifestants mis en
cause.
Prise en charge médicale par l’état de toutes les victimes et
remboursement des frais engagés au profit des familles et de la
collectivité.
La protection assortie de garanties publiques et juridiques de tous les
témoins du drame.
La prise en charge pédagogique et psychologique des élèves dont la
scolarité est perturbée suite aux tragiques événements
CHAPITRE II
REPARATION PAR LE CHATIMENT ET LA SANCTION
(REF: 2,4,6,7)
2.Pour le jugement par les
tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des
crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions
publiques.
4.Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts
des CRS.
6. Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidations et des
provocations contre la population.
7.Dissolution des commissions d'enquêtes initiées par le pouvoir.
Exigeons de l'Etat le châtiment de tous les coupables et responsables
avérés à tous les niveaux de commandement dans les événements. Ils
doivent être radiés de leurs corps respectifs et traduits devant les
tribunaux civils.
Les brigades de gendarmerie, de par leurs comportements hors la loi, à
l'origine de tous les fléaux tels la corruption, le trafic de drogue,
le racket, les intimidations et humiliations, vainement dénoncées, ont
fini par se rendre coupables d'assassinats délibérés de jeunes
innocents, provoquant ainsi une véritable révolte généralisée et légitime
des populations.
De ce fait, la présence de ce corps est devenus insupportable, au point
d'être perçue et ressentie comme une agression intolérable aux yeux
des citoyens.
Le départ de la gendarmerie et des URS, s'impose donc comme un impératif
incontournable.
Par ailleurs, toutes ses missions en relation avec la vie civile des
citoyens, notamment celles du maintien de l'ordre et de police
judiciaire, doivent être confiées à un corps civil de sécurité de
remplacement.
Nous exigeons une commission d'enquête composée de personnalités indépendantes,
intègres et ayant l'aval des familles des victimes, des blessés et des
représentants du mouvement citoyen, en remplacement des commissions
initiées par le pouvoir.
Mettre tous les moyens nécessaires, matériels et autres, et lever
toutes entraves à l'éclosion de la vérité sur les assassinats et
garantir la libre investigation dans les corps et les établissements
concernés.
Nous exigeons l'engagement officiel de l'Etat à respecter les
conclusions de cette commission.
Il est également exigé de cesser toute forme de provocation, représailles,
harcèlement, de quelque nature que ce soit et à tous les niveaux,
l’arrêt immédiat des assauts sauvages sur les populations ainsi que
les intimidations, provocations et la cessation des violations des
domiciles et du saccage des biens privés.
CHAPITRE III
REVENDICATIONS DEMOCRATIQUES ET HISTORIQUES
(REF: 8,9,11,13)
8.Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions
(Identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum
et sans conditions et la consécration de Tamazight en tant que Langue
Nationale et Officielle.
9. Pour un Etat garantissant tous les droits socio-économiques et
toutes les libertés démocratiques.
11.La mise sous l'autorité effective des instances démocratiquement élues
de toutes les fonctions exécutives de l'Etat ainsi que les corps de sécurité.
13.Contre TAMHEQRANIT( HOGRA) et toute forme d'injustice et d'exclusion.
Consacrer officiellement les liens naturels et authentiques du peuple
algérien avec son histoire, et lui permettre de vivre dans un Etat démocratique
et respectueux des valeurs universelles des droits de l'homme.
Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions
identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle.
Tamazight langue Nationale et Officielle.
La consécration institutionnelle et constitutionnelle de Tamazight doit
se traduire par un statut et des moyens identiques à ceux octroyés à
la langue arabe.
L'Etat doit s'engager à concrétiser cette revendication avant toute
consultation électorale.
Consécration et respect de toutes les libertés démocratiques énoncées
par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et autres pactes y
afférant.
Le libre exercice des libertés démocratiques sans aucune entrave par
l'application effective de toutes les résolutions de la Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme et la levée de toutes les réserves
émises par l'Etat lors de sa ratification.
La séparation effective des pouvoirs législatifs, exécutif et
judiciaire.
Exigeons un plan de lutte contre la HOGRA, la corruption, les passes
droit et toute forme de discrimination et d'exclusion empêchant
l’exercice des droits citoyens.
Elaboration d'une charte citoyenne en collaboration avec le mouvement
citoyen, apte à promouvoir de nouveaux rapports sociaux et assortie des
textes juridiques d'application permettant le plein exercice de la
citoyenneté.
Les dramatiques événements de la Kabylie ont démontré l'impuissance
flagrante des élus et des responsables à tous les niveaux face à
l'acharnement des gendarmes et au massacre des innocents.
Devant un drame de cette nature, l'ensemble des institutions doivent se
remettre en cause et revenir aux normes citoyennes.
La toute puissance des corps de sécurité, l'impuissance des organes exécutifs,
conjuguées à l'absence de tout pouvoir d'intervention des instances élues
ont conduit fatalement au crime, à l'arbitraire et à l'impunité.
L'instauration de la démocratie et d'une large décentralisation
effective exigent la prééminence des instances élues sur les
instances exécutives et les services de sécurité.
C'est à cette condition, et à cette seule condition que les
organisations citoyennes puissent pleinement participer à la vie de la
cité, par un contrôle permanent des affaires publiques, pouvant aller
jusqu'à la remise en cause du mandat électoral et l'organisation d'une
nouvelle consultation populaire, consacrant ainsi la démocratie à la
base.
CHAPITRE IV
REVENDICATIONS SOCIO-ECONOMIQUES (REF : 10,12,15)
10.Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de
clochardisation du peuple algérien.
12.Pour un plan d'urgence socio-économique pour toute la région de
Kabylie.
15.Institution d'une allocation chômage pour tout demandeur d'emploi à
hauteur 50%SNMG.
De larges pans de la société vivent aujourd'hui en dessous du seuil de
la pauvreté, résultat de l'échec total des réformes successives
initiées depuis l'indépendance et expérimentées à contre courant de
toutes les aspirations citoyennes.
Le désespoir de la jeunesse, exaspérée, désenchantée, de par la
faillite du système éducatif et de l'appareil économique, exacerbé par l'échec de tous
les mythes entretenus à dessein pour servir des intérêts occultes,
ont plongé des générations entières dans la désolation et dans la
précarité, entraînant ainsi la destruction du tissu social et des
valeurs universelles.
Des droits socio-économiques qui garantissent la préservation de la
dignité humaine, une vie décente et digne pour tous les Algériens.
La refonte du système éducatif, résolument tournée vers la modernité,
les valeurs universelles et républicaines, en substance, il faut
revenir à l'enseignement des matières scientifiques dans la langue véhiculaire
en vigueur, et bannir tout programme d'endoctrinement religieux.
Cette refonte doit intégrer une politique de formation professionnelle
et d'insertion socioprofessionnelle durable en mesure de protéger cette
catégorie, particulièrement vulnérable contre les fléaux sociaux.
La réhabilitation du citoyen algérien passe par la connaissance de son
histoire millénaire et authentique.
La consécration d'un Etat de droit exige la séparation des pouvoirs,
et une indépendance de la justice qui garanti l'égalité des citoyens
devant la loi, sans aucune distinction, en particulier l'égalité entre
l'homme et la femme dans tous les domaines.
La relance économique capable d'ouvrir des horizons prometteurs pour la
jeunesse doit répondre aux exigences des normes internationales tel que
le week-end universel. Elle exige une juste répartition des richesses
nationales orientée vers une politique économique créatrice de
richesses et productive, assortie de mesures d'insertion telle la mise
en place d'une allocation chômage et d'aide à la recherche de l'emploi
à hauteur de 50% du SNMG.
La situation actuelle de la région appelle un plan socio-économique
d'urgence.
Les perspectives de développement doivent être adaptées aux spécificités
de la région, et privilégier les infrastructures de base jusque là délaissées
et lever les entraves bureaucratiques et introduire des instruments
juridiques concrétisant les investissements productifs et créateurs
d’emploi.
Un plan de développement régional efficient implique la mise en place
de mesures incitatives performantes, une politique fiscale appropriée.
Après la satisfaction pleine et entière de la plate forme de
revendication d’El-Kseur, la mise en œuvre des solutions doit avoir
l’aval du mouvement des Aarchs, Dairas et Communes, partie prenante
dans les applications.
Explicitation et adoption à Larbaa-Nath-Irathen le 31/10/2001
ULAC SMAH ULAC
LE COMBAT CONTINUE
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