Entretien avec Mustapha
Mazouzi, délégué du mouvement citoyen
Dépêche de Kabylie du 08/08/2005
“Maintenant
c’est au tour des indus députés”
Le
délégué de la CADC, Mustapha Mazouzi s’exprimant à travers cet entretien,
est revenu avec un peu plus d’éclaircissement sur le sujet de l’heure, à
savoir la dissolution des assemblées élues de Kabylie et l’organisation des
partielles. L’interviewé s’est étalé également sur l’intérêt de
celles-ci en matière de perspectives socioéconomiques pour la région et sur
le devenir du mouvement citoyen après la mise en œuvre de la plate-forme
d’El Kseur.
La Dépêche de Kabylie : L’actualité politique en
Kabylie est focalisée sur la révocation des élus municipaux de la région et
la tenue des partielles. Quelles sont vos appréciations ?
ll Mustapha Mazouzi : La
révocation des indus élus vient à point nommé soulager la population qui a
beaucoup souffert de la gestion, on ne peut plus médiocre, de ceux qui se sont
intronisés dans les APC et APW alors que la région était à feu et à sang.
Sur le plan politique, c’est pour nous une invalidation des élections du 10
octobre 2002. C’est le retour à la volonté populaire.
Rappelez-vous, à l’époque déjà, nous avions dit que le Mouvement citoyen
allait faire de la révocation des indus élus une exigence préalable pour le règlement
de la crise de Kabylie. Rares sont ceux, comme pour le départ des brigades de
gendarmerie, qui ont cru que ce point allait être satisfait par le pouvoir.
Finalement, le Mouvement citoyen vient de terminer le cycle des incidences pour
se consacrer à plus important, c’est-à-dire la mise en oeuvre de la
plate-forme d’El-Kseur.
S’agissant des élections partielles, qui attisent déjà les appétits, le
Mouvement citoyen n’en fait pas une idée de fixation. Bien au contraire, ce
qui importait pour nous c’était l’invalidation des élections 10 octobre
2002 qui ont été rejetées massivement par toute une population acquise au
combat que mène depuis maintenant quatre années les Archs.
Avec la révocation de ces indus élus, en attendant les autres, le Mouvement
citoyen des Archs a instauré en Algérie une nouvelle ère : le respect de la
volonté populaire, essence de toute démocratie. Et nous nous réjouissons de
cela.
La révocation des députés issus de la Kabylie, qui
est aussi l’une de vos revendications, ne figure pas dans le décret présidentiel
portant sur la dissolution des assemblées élues...
ll Vous avez bien fait de
le souligner. La révocation des indus élus de l’APN fait aussi partie des
exigences du Mouvement citoyen des Archs. C’est porté même dans le protocole
d’accord sur les incidences. Nous attendons donc toujours leur révocation.
Beaucoup, peut être, vont dire que c’est difficile vu qu’ils ont un mandat
national. Nous, nous disons que cette APN est entièrement illégitime, et non
seulement les indus députés de la Kabylie. Car c’est plus de la moitié des
Algériens qui ont boudé les urnes le 30 mai 2002. L’impact du Mouvement
citoyen qui avait appelé au rejet des élections est évident.
Donc, sans ambiguité, nous attendons toujours la révocation des indus députés
et les indus élus au niveau de Sétif, Bordj Bou-Arréridj et Bouira.
L’on parle avec insistance de la participation des
délégués aux partielles, ce qui n’est pas sans transgresser le code
d’honneur du Mouvement citoyen. Confirmez-vous cette éventualité ou bien
allez-vous parrainer ou soutenir des listes ?
ll Comme vous le dites,
le code d’honneur du Mouvement citoyen est clair. Il interdit aux délégués
de se porter candidats à n’importe quelle élection. En plus, il n’a jamais
été question au sein du mouvement et ses structures, CADC, CICB et CCWB, de
penser à cette éventualitée. La mission des délégués des Archs est claire
: la satisfaction de la plate-forme d’El-Kseur et sa mise en oeuvre.
Tout le monde attend de connaître la position du mouvement par rapport à ces
élections partielles. Etant autonome dans ses prises de position, le mouvement
a lancé une large concertation citoyenne sur la question, l’instance suprême,
l’interwilayas en l’occurrence, se prononcera le moment opportun.
Une chose est sûre, le Mouvement citoyen sera à l’écoute de la population
qui a beaucoup sacrifié, comme il l’a fait en décidant d’aller au dialogue
pour la mise en oeuvre de la plate-forme d’El-Kseur.
C’est vrai que des citoyens nous demandent des parrainages, mais jusqu’à présent,
nous ne sommes qu’au stade de la réflexion. En tout état de cause, le
Mouvement citoyen, à travers la révocation des indus élus et l’organisation
des élections partielles, offre un débat démocratique à ceux qui se sont
toujours plaint de son absence en Kabylie depuis l’avènement des Archs.
Pensez-vous vraiment que la révocation de ces élus
apportera de nouvelles perspectives à la région d’autant plus que cela
permettra de la singulariser politiquement ?
ll Singularisation... ?
Oui, du moment que ce qu’a arraché la Kabylie est historique : annulation des
élections, ce qui veut dire le respect de la volonté populaire. La Kabylie qui
a toujours été la locomotive de l’Algérie doit être un exemple à suivre.
Après tant de sacrifices au prix du sang de ses valeureux fils, une lueur
d’espoir commence à apparaître en Algérie avec tous les acquis arrachés
par le Mouvement citoyen. Ce qui intéresse le Mouvement citoyen est beaucoup
plus important que ce que vous venez de me poser comme question. La révocation
des indus élus n’est qu’une condition parmi tant d’autres qui
contribueront à instaurer une nouvelle ère dans la région d’autant plus que
la mise en oeuvre de la plate-forme d’El-Kseur est effective.
Nous sommes conscients aussi que la Kabylie a besoin d’un développement socioéconomique
et nous faisons de ce constat une priorité absolue. Dans ce sens, le Mouvement
citoyen a arraché un plan d’urgence socioéconomique qui, de par sa
consistance, permettra à coup sûr à notre région de sortir de sa torpeur. A
ce titre, il y a lieu de rappeler que la défiscalisation, point essentiel pour
ladite relance, est acquise. Ainsi les opérateurs économiques pourront réinvestir
leur argent et créer une dynamique de développement.
Sur le plan politique, la signature de l’accord global sur la mise en oeuvre
de la plate-forme d’El-Kseur ouvre les portes sur les perspectives nouvelles
pour non seulement la Kabylie mais pour l’Algérie entière.
Les dernières sorties publiques des délégués
n’ont pas manqué de virulence à l’égard des partis et mouvements
politiques dont les leaders sont issus de la région. N’est-il pas temps de
tempérer le discours politique ?
ll L’opinion nationale
en général et kabyle en particulier doit savoir une vérité : le Mouvement
citoyen ne fait que répondre aux attaques à répétition des soi-disant partis
démocratiques.
Déjà à la naissance du mouvement et alors que celui-ci jouissait d’une
sympathie qui dépassait nos frontières, le FFS a eu le culot à travers son président
Aït Ahmed de nous accuser d’être la création du DRS tout en sachant que ses
propres militants étaient dans les structures du mouvement citoyen. Vient par
la suite le RCD qui, tout en déclarant accompagner le mouvement, n’attendait,
en réalité, que le bon moment pour le caporaliser. Hélas pour lui, car c’était
sans compter sur notre intégrité. Ces deux partis qui se sont entendus
pour descendre en flammes le Mouvement citoyen, veulent duper la population.
Deux exemples concrets. Pour le FFS, ses positions contradictoires déroutent
plus d’un. En 1990, ce parti boycotte les premières élections municipales
pluralistes, car le motif avancé par Aït Ahmed. “On ne peut balayer les
escaliers du bas vers le haut”. En 2002 par contre, il dit avoir participé
pour “éviter la tchéchénisation de la Kabylie et barrer la route aux prédateurs”.
Trois ans après, vous n’avez qu’à faire le bilan de la gestion de ces
indus élus pour constater la catastrophe.
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